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L’influence des Français à Los Angeles a commencé avant même qu’elle ne soit fondée ! C’est en effet Théodore de Croix (Croix-Lille 1730 - Madrid 1791), capitaine général des provinces du Nord-Ouest du Mexique pour le roi Charles III d’Espagne, qui a recommandé la création d’un pueblo sur les rives de la Porciúncula. Ce voeu sera réalisé par le gouverneur Felipe de Neve qui signera la décision de fondation le 26 août 1781, le "Pueblo de Nuestra Señora la Reina de Los Angeles" étant inauguré le 4 septembre suivant.

Il faut ensuite attendre l’indépendance du Mexique en 1822 pour que la Californie s’ouvre à d’autres per-sonnes qu’aux citoyens castillans, catalans ou basques d’Espagne. La présence ancienne des Basques explique en grande partie l’attrait de la Californie chez leurs cousins français de la Soule, de Basse-Navarre et du Labourd qui ont maintenu jusqu’à nos jours une grande tradition d’éleveurs et de fermiers.

Les premiers immigrants français dont l’histoire a retenu les noms sont d’anciens soldats de Napoléon Bonaparte venus aider les indépendantistes mexicains et arrivés dans le pueblo en 1827 avec leur officier Louis Bauchet. Les tout premiers vignobles de la Californie ont été plantés en 1832 en bordure des rues Macy et Aliso par Louis Bouchet et Jean Louis Vignes (un natif de Béguey, canton de Cadillac, Gironde, arrivé en 1831) : ils produiront jusqu’à 150.000 bouteilles par an. En 1834, Vignes plante aussi la première orangeraie de Los Angeles. De 1832 à 1837, l’église de la plaza du pueblo a comme premier prêtre résident un père de Picpus, Jean Auguste Bachelot.

Selon le recensement de 1836, sept autres Français sont également installés dans le pueblo de Los Angeles (Charles Baric, Jean L. Braun, Joseph Feviru, Jean Mayen, Léon Victor Prudhomme, Pierre Raumereau et Louis Tolmayes). D’autres se sont établis à Santa Barbara comme Augustin Janssens (ex-grognard, devenu boulanger-pâtissier), Lataillade (il y achète un ranch) ou Joseph Aguirre (armateur qui s’y fait construire une splendide résidence).

Favorablement accueillis, beaucoup de pionniers français épousent des filles de grandes familles locales (Alvarado, Lugo, Suñol, etc) comme :

-Bauchet et Lataillade (déjà cités),

- Léon Victor Prudhomme (nommé en 1838 capi-taine de milice et assistant auprès du gouverneur Juan Bautista Alvarado ; lieutenant-colonel rattaché à l’état-major du général Vallejo commandant l’armée mexi-caine, fait prisonnier par les Américains le 14 juin 1846, nommé ensuite aide du général Jean C. Frémont, lui-même né à Savannah, de parents français),

-Joseph Mascarel (capitaine de navire, immigré en 1844, maraîcher installé au nord de l’actuel Gower Street à Hollywood, ouvre un grand magasin en 1849, maire de Los Angeles de 1865 à 1866),

- Pierre Sainsevain (construit une minoterie et une scierie à Santa Cruz, rachète les vignobles de son oncle J.-L. Vignes en 1855, tout premier producteur de champagne californien en 1856, ouvre le premier magasin de vin californien à New York en 1860),

- Louis Robidoux (arrivé à Los Angeles en 1844, achète le ranch Jurupa qui deviendra plus tard Riverside, il y bâtit en 1846 le premier moulin à blé de la Californie du Sud. Comme d’autres Français -son frère Antoine, Londeau, Mascarel, Perrot, etc-, il aide le général Frémont à s’emparer de la Californie).

Grâce à leur niveau d’instruction, l’influence des Français à Los Angeles est énorme ; en 1850, ils représentent une grande partie des 619 personnes alphabétisées (sur les 1734 habitants). Il est à noter que jusqu’en 1875-80, les activités commerciales, financières et administratives seront presque toutes conduites en espagnol, langue qui est suffisamment proche du français pour que les nouveaux arrivants s’intègrent rapidement.

En 1852, un autre père de Picpus, Anaclet Lestrade, fonde le premier pensionnat pour garçons de Los Angeles. De 1850 à 1860, l’immigration française a surpassé celle des autres pays et la plupart des nouveaux venus se sont installés autour des rues Alameda et Commercial, site de l’ancien village indien de Yang-Na, faisant de ce quartier le principal centre commercial de la Californie du Sud.

Parmi ceux qui sont arrivés avant 1860, il faut aussi citer Charles Baric (il découvre dans Placerita Canyon de l’or qui est enregistré en 1843 par la Monnaie des Etats-Unis comme le premier en provenance de la Californie, cinq ans avant la Ruée vers l’or), Jean-Louis Sainsevain (frère de Pierre, ingénieur, exploitant agricole, premier grand maître de la Loge Maçonnique de Los Angeles fondée en 1854), les boulangers Joseph Lelong, André Maneau, Amada Medlia et Auguste Ulyard, la bouchère Salandié, les commerçants Charles Ducommun et Maurice Kremer, les fermiers Vincent Botiller, De La Bach, Pierre Domecq, Lemoreau, L. Perault ou Laurent Smith, les bergers et éleveurs basques Dominique Amestoy (dans la vallée de Cahuenga), Pascal Ballade (à San Juan Capistrano), Jean Etchemendy, Bernard Etcheverry (fondateur de Ramona, Comté de San Diego), Simon Gless, Pierre Larronde, Miguel Leonis et Gaston Oxharte, le couple franco-suisse François Henriot - Theresa Bry (cette Genevoise ouvre en 1854 la première école privée dans First Street, l’Ecole Henriot émigrera plus tard à Pasadena), le pâtissier Papier, le médecin Hippolyte Blanchard, le cordonnier Jean Real, l’horloger Monnet, les charpentiers Heulme et Charles Roussillon, l’éleveur Pierre Reynier, l’artiste Henri Pénelon (il répare et redécore l’église de la Plaza en 1856-57), et le capitaine C. A. Faralle qui comman-de un corps de 105 fantassins français formé en mai 1857 pour protéger la communauté française des nombreux "outlaws" en cette période troublée.

A l’aube de 1860, 600 des quelque 5000 habitants de Los Angeles sont français ou francophones.

Non seulement 1859 est une année faste de l’immigration française à Los Angeles mais elle voit l’importance de la communauté reconnue dans la gestion de la ville avec l’élection de Damien Marchessault au poste de maire. Il sera réélu en 1861, 62, 63, 64 et 67. En 1865 et 66, c’est un autre Français, Joseph Mascarel, qui est élu maire de Los Angeles. Il est intéressant de noter que les Angelinos ont élu des Français pendant toute la période de la Guerre Civile.

Marchessault et son partenaire Victor Beaudry sont marchands de glace, d’abord en gros pour les saloons, puis, au détail avec la construction en 1859 d’une glacière en ville. En 1863, il construit, avec Charles Lepaon, le premier système de distribution générale d’eau. Le succès de Marchessault tient à ses activités qui le met en contact avec une grande partie de la population. Ce qui est également le cas de nombreux Français, comme son neveu Jean Trudel qui fournit la ville en sel qu’il récolte à Playa del Rey.

En ces temps aussi, l’Alsacien André Briswalter prospère avec ses ventes de légumes à domicile. Son commerce marcha si bien qu’il pourra acheter d’énormes étendues de terrain dont la majeure partie de ce qui est aujourd’hui Playa del Rey. A sa mort, il laisse notamment 25.000 dollars pour qu’une église soit érigée sur sa tombe (St. Peters à 1039 North Broadway).

Un autre Alsacien, Georges Lehman, est alors devenu le très populaire patron d’une brasserie café-concert qu’il a aménagé en 1856 dans la "Roundhouse", une demeure excentrique construite par le marin français Raymond Alexandre. Ses jardins qui s’étendent des rues Main à Spring, entre les 3e et 4e rues, peuvent contenir jusqu’à 2500 personnes.

Un autre Français qui bénéficie d’une réputation de probité sans faille est Solomon Lazard , il tient une mercerie au 53 Main Street où les élégantes trouvent le dernier cri de la mode parisienne. Comme il n’y a pas de banque à Los Angeles à cette époque, les Angelinos qui ne cachent pas leur argent chez eux ou ne veulent le confier aux soeurs du couvent (au coin d’Alameda et Macy) prennent l’habitude de le confier à Solomon, ce qui l’incite à fonder une banque quand son frère vient le rejoindre en 1859. La banque, qui existe toujours, aura une renommée internationale rarement égalée.

C’est également le temps où le Basque Dominique Bastanchury se lance dans l’élevage bovin et ovin ainsi que dans la production intensive de raisins et d’agrumes : il sera même propriétaire de la plus grande orangeraie du monde, sise à Fullerton.

(Texte basé sur "Vida de Fray Junípero Serra" de Francisco Palou et "Le Guide Français de Los Angeles et du Sud de la Californie" publié en 1932 par F. Loyer et C. Beaudreau). Compilation : Jean-Marie Lebon

En lisant ces lignes, vous avez découvert des noms qui vous sont familiers car ils s’affichent aujourd’hui sur de nombreux panneaux bleus tout autour de l’ancien pueblo : ces rues ou avenues sont en effet le seul et vivant témoignage des anciens terrains ou demeures où s’étaient installés les pionniers comme Bauchet, Beaudry, Bernard, Ducommun, Fremont, Gless, Leonis, Mignonette, Mesnager, Nadeau, Naud, Prudent, Vignes, etc. Mais nos pionniers s’établirent aussi dans toute la région comme le montrent notamment Amestoy Avenue dans la vallée de San Fernando, Robidoux Boulevard à Riverside, Bastanchury Road à Fullerton ou De Longpré Avenue à Hollywood.

 

2ème partie (1859 - 1911))
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En 1859, arrivent à Los Angeles quatre personnes qui seront de dynamiques et réputés dirigeants de la communauté française : Louis Mesmer, Eugène Meyer, Jacob Moerenhout et Rémi Nadeau.

Moerenhout, né à Anvers le 17 janvier 1796, a servi Napoléon en Belgique et eu une vie qui vaut à elle seule plusieurs livres. D’abord immigré au Chili où il se marie, il part en 1829 s’installer à Tahiti comme commerçant. Consul des Etats-Unis en 1835, puis de France après 1838, il oeuvre avec succès pour l’annexion des îles à la France. De 1845 à 1859, il représente la France à Monterey, ex-capitale de la Californie mexicaine (NB : sa maison-consulat existe encore et abrite l’Office du Tourisme de Monterey). Le 29 octobre 1859, il inaugure le premier consulat français à Los Angeles où il restera vice-consul de France jusqu’à sa mort le 13 juillet 1879.

Louis Mesmer, natif de Sarrebourg, fut boulanger à Strasbourg, Colmar et Paris avant de s’installer à Tippecanoe (Ohio) où il épouse Katherine Frost. Après maintes aventures, il vient s’installer à Los Angeles où il achète la boulangerie Ulyard, puis celle de Baltz qu’il rebaptise "New York Bakery". Il fournit aussi les trois compagnies de soldats au Rancho La Ballona (l’actuel Culver City). Finalement, la famille achètera l’U. S. Hotel qu’elle fera prospérer (coin Main et Requena Sts.). Il dirigera aussi la construction de la Cathédrale Sainte Vibiana de 1871 à 1876.

Rémi Nadeau (né au Québec de parents français) s’établit à Los Angeles en 1859 comme transporteur avec ses mules et wagons. Il ouvre un corral et un atelier de maréchal-ferrant sur la 5e rue, entre Hill et Olive. Sa société de transport Cerro Gordo Freighting Co., avec ses 65 relais, s’étendra rapidement hors de la Californie du Sud. Il se lance aussi dans de nombreux projets de cultures (raisins, blé, orge, betteraves, etc) mais n’y connait que des déboires. En 1885, il fait construire un hôtel de 4 étages au coin de First et Spring avec le 1er ascenseur de la Californie du Sud et des dizaines de salle de bains, ce qui fait son rapide succès (NB : l’hôtel Biltmore a été construit à l’empla-cement de la demeure privée de Nadeau qui est décédé en 1887).

Parmi les autres Français de cette époque, il faut citer : Emile Bordenave (restaurateur) ; Joseph Couget (planteur de coton, éleveur de moutons, associé à Louis Dartigues à San Juan Capistrano) ; les frères François et Léon Escallier (viticulteurs) ; Eugène Meyer (d’abord mercier au 57 Fort Street, consul de France de 1879 à 1884, entrepreneur) ; Paul Molle (éleveur à Rancho Malibu, laitier-crémier) ; les frères Jean et Louis Sentous (éleveurs dont le ranch était au coin de Western et Jefferson, laitiers-crémiers, immortalisés par des rues à Downtown, Industry et West Covina) ; Jacques Taix (boulanger, comme ses cinq frères) ; les frères Emile et Théophile Vaché (pro-ducteurs viticoles),...

L’événement de l’année 1860 est la création de la Société Française de Bienfaisance Mutuelle le 1er mars à l’invitation du Vice-Consul Moerenhout. Les fonds récoltés alimentent une caisse de remboursement de soins mais l’ultime but est la construction d’un hôpital ouvert à tous sans discrimination de religion, de sexe, d’origine ethnique ou de nationalité (il y eut dès le début des membres italiens). Le Dr. A. Lacharmois est nommé attaché médical de la société dont le droit d’entrée est de 2 dollars et la cotisation mensuelle de 1 dollar.

Les revenus permirent de poser le 4 octobre 1869 la première pierre d’un hôpital au coin des rues College et Hill. Il existe encore aujourd’hui mais, vu l’actuel panorama ethnique du quartier, il a été racheté par une société chinoise.
Une statue de Jeanne d’Arc et diverses plaques commémoratives aux entrées de l’hôpital restent les témoins de cette prestigieuse réalisation des Français.

L’histoire a retenu surtout les noms de ces Français qui étaient actifs dans les activités économiques et commerciales de la ville comme Mascarel, les frères Beaudry, Mesmer, les frères Lazard, le Docteur Griffin, Meyer, Charles Lepaon et Jean Barri qui ont investi dans chaque nouveau domaine d’activités, souvent avec bonheur. Ce sont les mêmes qui ont fondé la Los Angeles City Water Co. en juillet 1868, étendant la distri-bution d’eau à tous les quartiers de la ville avec un système constamment amélioré qu’ils revendront pour 2 millions de dollars à la ville à l’expiration de leur licence en 1898.

Face à ces importants industriels, d’autres Français ont des activités plus limitées mais tout aussi lucratives : par exemple les restaurateurs Louis Vieille et Fréderic Guiol établis en 1868 sur Main Street, entre Commercial et Requena, Louis Christopher, Victor Dole et son "Commercial Restaurant" ou encore Casson et Flotte installés en face de Pico House. Il y a aussi l’hôtelier Firmin Mirassou, le cordonnier-chausseur Joseph Mesmer, l’épicier Jean Jaussaud, le boulanger Jean Dorée, ...

La langue française était en ce temps la deuxième langue de Los Angeles, derrière l’espagnol mais devant l’anglais. C’est ainsi que, pendant sa visite officielle à Los Angeles à la fin de la Guerre Civile en 1865, le général américain McDowell, qui ne connaissait pas l’espagnol, s’adressa à la population en français car la grande majorité ne comprenait pas l’anglais. L’éducation à l’Ecole Henriot et à Saint Vincent (futur Loyola University) était en espagnol et en français.

C’est le Français A. Chevalier qui ouvre la 1ère pharmacie de Los Angeles, bientôt suivi par Laux, Jules Violé, André Rouseyrol et surtout Lucien Brunswig, un natif de Montmédy (Meuse), dont le laboratoire pharmaceutique et un entrepôt sont encore visibles aujourd’hui dans le Pueblo.

Quand fut établie en avril 1871 la Farmers & Merchants Bank, trois Français, Amestoy, Lecouvreur et Mascarel, et le Suisse romand Ducommun souscrivent au capital de la banque. Pas un des quartiers de Los Angeles ou des communes avoisinantes n’échappe aux investissements des Français ou à leur vision de l’avenir : c’est ainsi qu’Eugène Aune est allé construire en 1875 la première maison de Santa Monica pour y ouvrir un restaurant, suffisamment fameux pour attirer, en ce temps-là, des clients à 20 miles à la ronde.

Quelques éleveurs français des Alpes ou de l’Aquitaine qui avaient bien manoeuvré face aux fluctuations du prix de la laine ont investi des fortunes dans leur quartier, y laissant de prestigieux buildings comme Edouard Amar à San Pedro (un hôtel et le théâtre).

Il y a encore des centaines de personnes à citer mais nous finirons par le cinéma, non pas pour parler des acteurs ou des metteurs en scène français venus s’installer ici mais pour révéler que le tout premier studio de cinéma a été monté en 1911 dans la grange du Français René Blondeau à Hollywood.

(Texte basé sur le "Guide Français de Los Angeles et du Sud de la Californie" publié en 1932 par F. Loyer et C. Beaudreau, et sur le "1872 Los Angeles City and County Directory". Compilation : J.-M. Lebon.)

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